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La naissance d’un nouveau medium. Acte I

Depuis des années, le web semble grignoter et remplacer les anciens médias. Mais, depuis quelques mois, les lignes bougent… Première partie d’une analyse passionnante.

Un billet publié le 3 décembre 2013 par Sébastien Desbenoit.

En 2007, je m’étais engagé en tant que volontaire pour la Coupe du Monde de rugby. Assistant aux « technologies », j’étais aux premières loges pour observer des journalistes d’un nouveau genre. Des logiciels rédigeaient automatiquement les dépêches des matchs en utilisant les données fournies par les faits de jeu. Une fois conçus, ces comptes-rendus étaient directement publiés sur le web sans même une relecture. Les discussions des reporters autour de ce nouvel outil étaient assez fleuries. Suffisamment pour m’interdire de retranscrire d’autres propos que « tueur de métier » et « fin de la profession ».

Pour les journalistes, le web a longtemps été considéré comme un ennemi, un point d’accès unique à l’Information. Avec un seul support pour obtenir un accès direct et instantané à toute l’Information, la concurrence est rude pour les journaux papiers, radiophoniques ou télévisés.

Le journalisme est mort ? Vive le journalisme !

C’est un fait, l’information brute est effectivement disponible via le web – et notamment Twitter – plus rapidement que dans un quotidien ou un bulletin radiodiffusé toutes les sept minutes. Cependant, c’est croire que le journalisme se limite à la seule collecte et restitution brute d’informations.

Le second cœur du métier se situe dans l’analyse de ces données : vérification des sources, études des différents contextes, des causes, des conséquences, mise en forme, mise en relation, vulgarisation, application de la ligne éditoriale…

Ce travail d’analyse et de restitution fine demande du temps et des outils. La palette proposée par les supports classiques va du texte pur à l’animation vidéo 3D en passant par les illustrations pouvant être des visualisations de données. Mais chacune de ces présentations a son support spécifique. De plus, la consultation est soumise à des contraintes relatives au temps et au support. Un lecteur peut lire un journal au rythme qu’il souhaite, là où un téléspectateur subira l’information à la vitesse de sa diffusion.

Le web : un ennemi ? Non, un outil !

Le web s’affranchit de ces limites. Il permet d’inclure du texte, de l’audio et de la vidéo. Le journal « L’Équipe », par exemple, exploite ces possibilités dans une page autour des « nouveaux monstres » : un projet de bateaux géants portés par quelques marins. Ce récit de Rémy Fière embarque les lecteurs dans l’histoire fantastique d’un projet à travers ses enjeux, ses événements et les prises de position des différents acteurs.

De nouveaux outils peuvent être utilisés. Ainsi, dans le reportage « The Russia Left Behind » du New York Times, le lecteur voit le tracé du chemin de fer défiler à mesure qu’il parcourt le contenu de l’article. Outre l’effet graphique séduisant, cet effet permet au lecteur de garder ses repères dans la lecture, que ce soit en terme de narration ou de temporalité.

En novembre 2013, le journal britannique « The Guardian » va encore plus loin. Pour démontrer en quoi l’affaire Prism (espionnage du Web par la N.S.A.) nous touche tous, les auteurs Ewen MacAskill et Gabriel Dance proposent de constater par nous-mêmes combien nos données personnelles sont observables.

Dans ces trois exemples, le web n’est qu’un outil. Les journalistes exploitent les différentes possibilités qui leur sont offertes. Ces travaux demandent du temps et donc de l’argent : le reportage du Guardian a mobilisé 13 personnes, celui du New York Times encore plus. Mais les résultats sont là : les journaux utilisant ces techniques gagnent en visibilité, en lecteurs, en abonnés. Ces initiatives apportent surtout une belle notoriété et un afflux massif de consultations : l’article « Snow Fall » du New York Times a attiré plus de 3 millions et demi de visiteurs en quelques mois, dont une belle proportion de nouveaux lecteurs.

Au-delà de la qualité rédactionnelle, la qualité technique et l’attention aux détails nous impressionnent. Dans la prochaine partie de ce dossier, Marie-Cécile s’attachera à analyser comment la construction de ces pages contribue à une consultation naturelle.

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